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Interview histoires d’amour

Olivier Villanove présente une autographie sur l'amour. Un travail de collectes sur ce sujet inépuisable dans lequel anonymes, amis et professionnels ont tous eu leur mot à dire pour monter ce récit sur l'humanité, loin des jugements bien pensants. Ce titre, quelle trouvaille, tu nous dis d'où il vient ?

Au départ, mon spectacle s'intitulait « Un possible amour ». Un titre que je trouvais trop lisse pour parler de l'amour et de ce que j'avais envie de dire. En septembre 2009, lors d'un chantier à la Réole,  un spectateur m'a conseillé de chercher mon titre à l'intérieur de mon spectacle. J'avais à cette période trois poèmes que je n'avais pas encore dit, nés d'improvisations avec Brune Campos ma metteuse en scène, dont « Ta bouche que j'aime tant embrasser, est-ce que tu peux la fermer ? ». Après l'avoir testé à plusieurs reprises, il m'a semblé plus juste, plus équivoque, offrant des espaces imaginaires ou chacun pouvait s'engouffrer.

D'où est venue l'envie de faire ce travail de collecte sur l'amour ?
L'amour est au cœur de mon sujet d’étude. De plus, j'arrivais au cap d'une relation amoureuse de trois ans,  et mon urgence était d'interroger ce qu'il y a d'extraordinaire dans le quotidien. Qu'est-ce qui se passe une fois que la princesse se marie et a beaucoup d'enfants ?

As-tu trouvé la réponse à cette vaste question ?
C'est le terrain d'investigation que je me suis donné dans ce spectacle, mais je ne cherche pas à donner de réponse ou asséner une quelconque morale. Avec Brune Campos, nous avons mené un travail passionnant, consistant à sortir de mes œillères de conteur pour aller voir du côté de l'organique, du viscéral et du doute. Découvrir que ce que tu ne sais pas, est en fait ce qu'il y a à de plus chouette à raconter. C'est pour cela que nous avons fait le choix d’un fil anodin, une histoire conduisant à l'incertitude.

Comment fait-on pour s'approprier les histoires des autres ?
Je ne m'approprie pas directement les histoires des autres ? Ce qui m'intéresse, c'est ce que ces histoires me renvoient à moi même et comment elles interrogent ma propre histoire de vie, d'amour, de regard sur le monde. Il n'y en a pas une qui ne m'ait pas touché, que ce soit par la colère, le dégoût ou l'admiration. Je souhaitais partir de la singularité pour approcher une parole pouvant toucher le plus grand nombre.  

Brune Campos souhaitait « interroger la justesse du moment présent », qu'est ce que cela signifie ?
Tu crois ou non à ce qui se passe sur scène, ce qui se vit et se dit, sinon tu peux trouver le spectacle faux, mal joué. Brune n'imagine pas la scène comme un espace sacré, mais comme un espace vivant. Cette vision m'atteint et  me transforme. Aujourd'hui, je peux jouer différemment en fonction de mes états, mes réactions ne seront pas toujours les mêmes sur scène, mon spectacle n'est pas figé. On ne répète pas un spectacle, on le vit. Et tant qu'on aura des secrets à aller dénicher dans nos histoires, on les racontera.

Finalement, quel amoureux es-tu ?
J'ai une petite tendance au romantisme. Vivre une histoire d'amour est comme un risque à prendre car rien n'est jamais acquis. Tu peux te résigner ou rentrer dedans et éclater les choses. Tomber amoureux, c'est créer une révolution dans l'institution qu'on s'est donnée de soi-même, accepter que quelque chose vienne chambouler notre équilibre pour se sentir vivant. Mais quand on passe de l’état amoureux à l’amour lui même, là c’est une autre histoire.

Presse « Ta bouche que j’aime tant embrasser, est-ce que tu peux la fermer ? » Un beau titre, avec une forme à l’avenant. Le comédien a débuté l’art du conte il y a 10 ans à Bordeaux et semble plutôt explorer ici un théâtre de l’intime, une forme hybride, organique et plastiquement réussie. Un univers blanc, immaculé, pour poser un personnage multiple, disposer les fragments, intimes ou cliniques, du discours amoureux. Au premier plan une histoire simple, banale, chimique, mythique, androgyne, charnelle, de deux êtres qui s’aiment puis ne s’aiment plus. Lui est candide ou exalté, danse autant qu’il joue, avec sa voix nue ou son micro, avec une sobriété d’effets jusqu’au final jaculatoire, explosif - un vortex de billes en polyester pour évoquer le big-bang amoureux. Bel exemple d’une langue qui prend corps.
Sud-Ouest
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